Interview de Hugo DELOCHE, avocat en arbitrage et contentieux international

À 26 ans, Hugo DELOCHE est avocat aux barreaux de Paris et de New York, doctorant et enseignant en arbitrage international. Originaire de Peaugres, il a construit un parcours ambitieux entre Assas, Oxford et les États-Unis. Entre contentieux international, recherche académique et passion pour la transmission, il revient sur son métier, les défis du monde juridique et son envie constante d’aller plus loin.
Peux-tu te présenter et revenir sur ton parcours ?
Je m’appelle Hugo DELOCHE, j’ai 26 ans et je suis avocat admis aux barreaux de Paris et de New York. Je suis spécialisé en contentieux et arbitrage international. En parallèle de mon activité d’avocat, je suis également doctorant et enseignant. Je rédige actuellement une thèse consacrée à la protection des droits humains dans l’arbitrage international.
Quel est ton parcours pour en arriver ici ?
J’ai étudié au lycée Saint-Denis de la seconde jusqu’à la terminale. Après le bac, j’ai rejoint l’université Paris-Panthéon-Assas pour effectuer ma Licence de droit. À la suite de ces trois premières années, j’ai eu l’opportunité de partir à l’étranger pour réaliser ma première année de Master à l’université d’Oxford. J’ai ensuite terminé mon Master 2 à Assas avant de partir aux États-Unis pour suivre un Master en droit américain (L.L.M.) et préparer le barreau de New York.
Après mes études, j’ai effectué plusieurs stages dans différents cabinets, notamment en Argentine, à Londres et à Paris. Ces expériences m’ont permis de développer mon expérience en contentieux et en arbitrage avant de rejoindre Cartier Meyniel à Paris, où j’exerce aujourd’hui.
Qu’est-ce que l’arbitrage international ?
L’arbitrage international est un mode privé de règlement des litiges largement utilisé dans les relations économiques internationales. Contrairement aux juridictions étatiques, les différends sont tranchés par un ou plusieurs arbitres choisis par les parties, qui rendent une décision appelée sentence arbitrale.
Ce mécanisme est particulièrement apprécié dans les litiges transnationaux en raison de sa neutralité, de sa flexibilité procédurale et de la possibilité offerte aux parties d’adapter la procédure à leurs besoins spécifiques. Il permet également de résoudre des différends souvent complexes dans un cadre plus confidentiel et plus adapté aux enjeux du commerce international. Aujourd’hui, l’arbitrage occupe une place centrale dans la résolution des contentieux internationaux, tant commerciaux que d’investissement.
En quoi consiste ton métier au quotidien ?
Le métier d’avocat est particulièrement varié, notamment dans les domaines du contentieux et de l’arbitrage international, où chaque dossier présente des enjeux et des problématiques différentes. Une part importante de mon activité consiste à rédiger des analyses juridiques, des consultations, des courriers ainsi que des écritures destinées aux juridictions étatiques ou aux tribunaux arbitraux. Ce travail implique également de nombreuses recherches juridiques approfondies afin de construire les argumentaires les plus solides possibles. Il faut ainsi étudier des textes, des décisions de justice, de la doctrine et parfois comparer différentes approches issues de plusieurs systèmes juridiques, du fait de mon activité internationale. Les audiences et les plaidoiries occupent également une place importante dans la pratique du contentieux.
J’interviens principalement pour des entreprises dans le cadre de litiges liés au droit des affaires et à des différends internationaux. Au cours de mes stages, j’ai également eu l’occasion de travailler pour des États dans le cadre d’arbitrages d’investissement, c’est-à-dire de procédures opposant un investisseur étranger à un État.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le métier d’avocat ?
Ce qui me plaît avant tout, c’est que l’on ne s’ennuie jamais. Chaque dossier est différent et nous amène à découvrir de nouveaux secteurs d’activité, de nouveaux enjeux économiques et de nouvelles problématiques humaines. J’apprécie aussi l’aspect stratégique du contentieux. Quand on défend un client, l’objectif est de construire la meilleure stratégie juridique possible. Le contradictoire est clef. Chaque dossier s’apparente à une forme de confrontation intellectuelle. Il faut être capable d’identifier les failles du raisonnement adverse, d’anticiper les arguments de l’autre partie et de construire la position la plus convaincante possible. C’est une pratique particulièrement stimulante sur le plan intellectuel.
Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon avocat ?
Je pense qu’il faut d’abord avoir une excellente capacité d’analyse. Nous recevons énormément de documents et il faut être capable d’identifier rapidement les informations importantes. Il faut également être très à l’aise à l’écrit, puisque la rédaction représente une part essentielle du métier. L’oral est également essentiel lorsque l’on est amené à plaider. La rigueur est indispensable. En contentieux comme en arbitrage, une erreur ou un oubli peut avoir des conséquences importantes sur un dossier. Il faut donc être extrêmement précis et organisé. Enfin, je pense que ce métier demande beaucoup de détermination et de persévérance. Les études sont longues et exigeantes, tout comme la profession elle-même. Il faut être prêt à faire des sacrifices et surtout aimer profondément ce que l’on fait.
L’intelligence artificielle est-elle présente dans ton métier aujourd’hui ?
L’intelligence artificielle prend une place de plus en plus importante dans le domaine juridique. L’IA nous aide notamment à traiter de très grandes quantités de sources juridiques, à les classer ou encore à les résumer. Cela transforme progressivement notre manière de travailler, même si l’analyse juridique et la stratégie restent évidemment humaines.
Quel est le principal défi dans le métier d’avocat ?
Le principal défi de la profession réside sans doute dans son niveau d’exigence particulièrement élevé. Cette exigence se manifeste à la fois dans l’attention et la rigueur qui doivent être consacrées à chaque dossier, mais également dans la disponibilité constante attendue par les associés comme par les clients. Il faut être capable de répondre rapidement, de s’adapter à des contraintes parfois imprévues et de maintenir un haut niveau de qualité, même dans l’urgence. Trouver un équilibre durable entre ces impératifs professionnels et sa vie personnelle constitue donc un véritable enjeu à long terme.
Tu es aussi doctorant : pourquoi avoir choisi de faire une thèse ?
J’ai toujours été attiré par la dimension académique du droit et par la recherche. Au cours de mon Master 2, j’ai rédigé un mémoire consacré aux liens entre arbitrage international et compliance. Ce travail a profondément renforcé mon intérêt pour la recherche et m’a donné l’envie d’approfondir ces réflexions dans le cadre d’un doctorat.
Pour autant, je ne me voyais pas évoluer exclusivement dans le monde universitaire. J’ai également besoin de la dimension concrète qu’offre la pratique professionnelle. C’est cette complémentarité entre réflexion académique et pratique du contentieux qui m’a conduit à poursuivre ces deux activités en parallèle.
Ma thèse porte sur la place des droits humains dans l’arbitrage international. Mes recherches visent à démontrer que l’arbitrage constitue un forum particulièrement adapté à la prise en compte et à la protection des droits humains, qui occupent une place croissante dans les litiges contemporains — qu’il s’agisse des garanties procédurales, de la protection de l’environnement, de populations affectées par certaines activités économiques ou encore de l’influence des engagements de compliance sur l’issue des différends.
Cette double activité d’avocat et de chercheur me permet d’aborder ces questions avec une approche à la fois théorique et très pratique. Le doctorat représente également une véritable valeur ajoutée pour la suite de ma carrière, dans la mesure où il me permet de développer une expertise approfondie et reconnue dans un domaine spécifique. Enfin, le doctorat représente également pour moi une ouverture naturelle vers le monde universitaire, auquel je suis particulièrement attaché en raison de l’importance que j’accorde à la transmission des connaissances et à la pédagogie.
Quel souvenir gardes-tu de ton passage au lycée Saint-Denis ?
Ce que je retiens avant tout, c’est l’environnement particulièrement stimulant et exigeant dans lequel j’ai évolué. J’ai eu la chance d’être entouré de professeurs qui encourageaient véritablement les étudiants à viser haut et à croire en leurs ambitions. Partir étudier à Paris représentait pour moi une étape à la fois nouvelle et intimidante. Les enseignants ont joué un rôle déterminant dans mon parcours : ils m’ont soutenu, encouragé dans mes candidatures et, surtout, donné confiance en mes capacités. Avec le recul, je mesure à quel point cet accompagnement a été structurant pour la suite de mon parcours.
Quel conseil donnerais-tu aux étudiants qui souhaitent suivre cette voie ?
Je leur dirais avant tout qu’il ne faut pas s’imposer soi-même de limites. Beaucoup d’ambitions paraissent lointaines ou difficiles au départ, mais elles deviennent accessibles dès lors que l’on accepte de travailler avec constance, curiosité et détermination. J’ai souvent été frappé par le fait que, dans les environnements anglo-saxons que j’ai connus, les étudiants sont encouragés très tôt à croire en leurs projets et à oser viser haut. C’est beaucoup moins le cas en France. Or, cette confiance peut véritablement transformer un parcours. À mes yeux, l’origine sociale, le parcours familial ou les hésitations initiales ne déterminent jamais définitivement une trajectoire. Ce qui compte avant tout, c’est la capacité à persévérer, à saisir les opportunités et à continuer d’avancer malgré les doutes. Avec du travail, de la persévérance et de l’ambition, il est souvent possible d’aller bien plus loin qu’on ne l’aurait imaginé au départ.
